Autour de Saint Ouen _ 11 novembre 2018


Rendez vous à 14h

Balade culturelle : Autour de l’abbaye de Saint Ouen

Nous revenons sur les lieux de notre rallye pédestre pour nous retrouver autour de notre ami guide conférencier de la métropole, Guillaume Gohon. Il va nous emmener dans l’histoire et l’architecture de cet endroit qui — bien avant d’être aujourd’hui une église, un jardin public, une mairie, une magnifique place — était une imposante abbaye royale.

Tout d’abord aux temps mérovingiens : il y avait ici une nécropole sur les terrains de laquelle on fonda un monastère appelé monastère de Saint Pierre et Saint Paul. En 688, les reliques du Saint évêque de Rouen, Saint Ouen, sont transférées ici. Le tombeau devient très vite l’objet de vénérations populaires et de pèlerinages.

En 918, les reliques, qui avaient été misent à l’abri des raids normands en Picardie, reviennent au monastère. En 1066, Nicolas de Normandie, le propre fils de Richard III, commence l’édification d’une église romane qui sera achevée soixante ans plus tard. Il ne reste aujourd’hui que la Tour aux Clercs, seul vestige de l’abbatiale romane qui a définitivement périt dans un incendie en 1246.

En 1321, l’abbé Jean Roussel décide d’élever une église digne de la Jérusalem céleste pour honorer Saint Ouen. Malheureusement l’abbé meurt en 1339. Le chœur, le transept et la première travée sont élevés. La guerre de cent ans va stopper le projet. Le 24 mai 1431, Jeanne d’Arc va abjurer dans le cimetière de l’abbaye.

Après la guerre en 1449, la construction reprend et les travaux de la nef seront terminés selon les plans de Jean Roussel (dit également Marc d’Argent) au XVIe siècle. Dans le deuxième quart du XVIe siècle, les travaux s’arrêtent définitivement. Seuls les gros œuvres de la façade occidentale et les assises des tours initialement prévues sont réalisés.

L’intérieur de l’église abbatiale est un chef d’œuvre de l’architecture du gothique rayonnant.

La nef et le déambulatoire présentent une admirable collection de vitraux du XIVe siècle.

A la Révolution les moines sont chassés, l’église est saccagée puis transformée en forge. Le logis abbatial royal de l’abbé est détruit en 1816. Au XIXe siècle, on achèvera la façade ouest et les tours.

Aujourd’hui notre place de l’Hôtel-de-Vile, devenue place du Général-de-Gaulle, nous présente les derniers vestiges de notre grande abbaye : Le dortoir des moines devenu Mairie de Rouen, une travée de l’ancien cloître et quelques pans du mur d’enceinte.

Depuis 1865 trône au milieu de la place une statue équestre de Napoléon, œuvre de Gabriel Vital-Dubay, réalisée avec le bronze des canons d’Austerlitz.

Il ne faut pas quitter la place sans admirer les très belles façades des Hôtels particuliers qui la borde et jeter un regard sur ces grandes rues de la République et Jean Lecanuet qui ont tant de fois changé de nom au gré des gouvernances, mais qui nous offrent toujours de très belles perspectives.

Les jardins, aujourd’hui de l’Hôtel-de-Ville, méritent qu’on vienne y flâner tant ils renferment de trésors. Ici se situait jusqu’à la Révolution le jardin des moines, séparé en deux parties bien distinctes : Un jardin d’agrément situé au nord était réservé à l’abbé et un jardin de la communauté où les moines avaient planté des arbres fruitiers et y cultivaient des légumes. Après le départ des moines, les jardins ont été utilisés en vergers et potagers par les habitants du quartier. Lorsque la municipalité prit possession des lieux, elle s’engagea à créer un jardin public : le jardin de l’abbé a été loti et construit et seul le jardin des moines a été conservé.

En 1802, l’architecte de la ville Jean Louis Bouet, fut chargé d’établir des plans de jardins à la française. Le jardin subira plusieurs modifications : après un agrandissement en 1870, il adoptera le style Anglais qu’il conserve encore aujourd’hui. Les changements les plus importants ont été réalisés dans les années 1979-1980, grâce à la destruction des maisons situées à l’est de la partie sud de la rue Abbé-de-l’Epée, a permis d’agrandir le jardin qui est passé de 16000 m2 à 24000 m2. Les vestiges de l’ancien mur de clôture de l’abbaye ont ainsi été mis en valeur.

Au sud de l’église, était situé le cimetière Saint Ouen où le 24 mai 1431, Jeanne d’Arc a abjuré. C’est également dans ce cimetière qu’à eu lieu le 7 juillet 1456 la séance solennelle de sa réhabilitation.

La pierre de Jelling est une copie de la grosse pierre érigée en 983 par le Roi du Danemark Harald qui a converti son pays et la Norvège au christianisme. Elle a été offerte à la ville de Rouen lors du millénaire de la Normandie en 1911.

Tout près de là, se dresse la statue de Rollon premier Duc de Normandie, œuvre du sculpteur Arsène Letellier.

Un peu plus loin, c’est le buste d’Emile Verhaeren, poète belge qui trouva la mort en 1916 renversé par un train en gare de Rouen.

Au centre du bassin, dans les eaux duquel se mire la magnifique façade classique de la Mairie, on trouve une très belle composition du sculpteur Alexandre Schoenewerk : elle représente Nessus enlevant Déjanire.

De là, on aperçoit un autre monument étonnant et rare : la méridienne de Slodtz, placée ici depuis 1826. Elle provient de l’ancienne bourse où elle avait été installée sur les quais en 1753. On peut y lire pour chaque mois l’heure légale, compte tenue de l’équation du temps sur les plaques de marbre très abîmées.

Nous quittons ce magnifique jardin très bien arboré qui nous offre des points de vue imprenables sur l’église abbatiale. Un lieu à visiter sans modération.

(Sources : Cahier des AMR – Saint Ouen, Henri Decaëns - Patrimoines et territoires)