Gonzeville _ 4 juillet 2016


Une quinzaine de participants se sont retrouvés sous le soleil, début juillet, pour la découverte du village de Gonzeville qui fait partie de la communauté de communes Plateau de Caux-Fleur de Lin. Cette visite s’est déroulée sous la conduite de Monsieur Roussel, ancien maire et fondateur de l’association GONZEVILLE PATRIMOINE CAUCHOIS, ainsi que de son épouse.
Tout d’abord, nous avons pu admirer le travail qui a été accompli pour la restauration de l’église du village, restauration pour laquelle Monsieur Roussel nous a expliqué, avec passion et force détails, toutes les rencontres, multiples démarches entreprises par lui-même et le conseil municipal. L’église qui porte le nom de Saint Samson date du XVIème siècle et a subi quelques modifications aux XVII et XVIIIème. Elle est composée de grès, briques et silex, et est classiquement entourée du cimetière. Le porche, protégé par une grille, est surélevé par une tour de plan carré, surélevé par le clocher qui abrite les cloches commandées maintenant électriquement.

Le mobilier est remarquable et contient quelques éléments classés au titre des Monuments Historique. Nous avons pu apprécier les efforts de Monsieur Roussel et de l’association gonzevillaise pour préserver le patrimoine culturel de cette église : un retable en bois polychrome,

l’autel datant du règne de Louis XIV, statuaire en bois, chaire surmontée du pélican qui dans la tradition nourrit ses enfants de ses entrailles, arche de gloire surmontée d’une mise en croix, chasubles tissées et rebrodées.

Un tableau représente Saint Cyr et Sainte Julitte invoqués pour protéger les récoltes contre la grêle. Les vitraux sont de compositions diverses et ont été restaurés avec soin et goût. À la sortie de l’église, dans le cimetière, nous nous sommes arrêtés devant quelques tombes particulières.

L’une d’entre elles a attiré notre attention avec plusieurs membres d’une famille bienfaitrice de dons à l’église au cours des siècles et curieusement précédée d’une autre tombe contenant la dépouille d’une servante de cette famille. Dans un coin, au calme, au fond du cimetière, est enterré un illustre inconnu qui porte le nom de Placide Sommeil. Avant de quitter ce site, Monsieur Roussel nous a fait remarquer la délimitation sur un côté du cimetière par un talus planté d’un rideau d’arbres de haut-jet et, en face, la réfection de ce qui était le presbytère.
Sous la conduite de notre guide, brillant causeur et fin connaisseur de son patrimoine local, nous avons parcouru quelques rues de ce village rural qui possède des maisons restaurées avec style dont quelques manoirs en brique et grès, maisons à colombage, toits de chaume, jardins verdoyants, clos et arborés. Pour la restauration, ce sont des matériaux locaux qui ont été utilisés et les formes architecturales traditionnelles ont été respectées, ce qui a valu au village plusieurs prix dont un prix national de l’environnement en 2008.

On peut aussi remarquer quelques pieds de berce du Caucase, grande sœur de notre berce locale, mais très toxique. Sur notre chemin nous sommes passés devant la mare communale avec faune et flore habituelle des lieux humides. Quelques panneaux apportent des informations aux promeneurs : architecture, gestion de l’eau…
La faim se faisant sentir, il est temps de tirer notre pique-nique du sac : aimablement invités par Monsieur Roussel et son épouse, les participants partagent leur repas dans le jardin de leur longère et écoutent avec attention des anecdotes sur l’histoire du village et de ses habitants. Nous avons devisé gaiement, réconfortés aussi par le café et le « calvados » maison servis par nos hôtes. C’est donc en bonne condition que nous avons débuté l’après-midi par la visite de l’école rurale à classe unique. Nous y avons été accueillis par un authentique maître d’école, Monsieur Etancelin, qui avait revêtu sa blouse pour la circonstance. La salle de classe a été conservée et reconstituée dans son état des années 1950. Bureaux d’époque, plumiers, tableau noir et,, en prime, l’odeur du parquet ciré et de l’encre violette.

Nous remarquons quelques mots en cauchois parmi lesquels bezot, couleux, ichite, radoubler que nous nous ferons traduire à la fin de note visite. Un poêle trône au milieu de la pièce et plusieurs armoires et étagères contiennent des livres et cahiers d’écoliers. Après nous être replongés dans l’ambiance et dans nos souvenirs d’écoliers pour certains, un temps a été consacré à observer les documents, cartes, livres et objets anciens. Il a bien fallu ensuite passer sous les fourches caudines de notre instituteur pour affronter une épreuve digne du certificat d’études.

Le groupe joyeux et un peu dissipé du premier temps s’est mué en des écoliers studieux. Il n’était plus temps de rire et certains se sont repris à plusieurs fois pour écrire avec d’anciens porteplumes trempés dans les encriers. Nous avons été confrontés à deux épreuves, une dictée et un problème. La dictée, issue d’un texte de Guy de Maupassant, intitulée « Une ferme en Normandie » a donné lieu à bien des interrogations pour des majuscules, l’existence de tirets ou des accords. « odeur de bêtes et de gens mêlés », alors qu’est-ce qui est mêlé ? Est-ce l’odeur, les bêtes et les gens ? Les contestataires ont dû se plier à la règle « c’est ce que l’auteur a écrit qui est considéré comme juste ». Une de nos participantes n’a pas fait de faute et beaucoup n’ont fait qu’une faute ou deux : un grand bravo aux membres de Patrimoines de Rouen et de la Normandie pour la qualité de leur orthographe. Le problème, donné au certificat d’études en juin 1953, à Prades (Pyrénées Orientales), portait sur des rendements à l’hectare et la valeur d’une récolte de blé dans un champ rectangulaire. Il a fallu faire appel à bien des souvenirs et des questionnements, entre des conversions d’unités, des calculs de masses et d’aires, en passant par l’utilisation d’une proportionnalité pour une échelle au 1/2500. Malgré toutes les difficultés calculatoires, deux participants sont allés jusqu’au bout. L’épreuve terminée, le temps de la remise des prix s’est effectuée dans la bonne humeur, et deux participants ont reçu un ouvrage pour leur réussite.

Un passage par la salle d’attente de la mairie qui jouxte l’école a permis un temps de décompression et, là encore, la remontée de souvenirs d’enfance avec la vision d’objets de cuisine et de salle à manger des fermes anciennes. Dans la cour, cartes anciennes peintes sur les murs du préau et photos d’habitants de Gonzeville ont rappelé la dureté des travaux des champs et des récoltes dans un temps pas si reculé mais encore sans mécanisation.
Pour terminer la journée, Monsieur Roussel s’est fait un plaisir de nous faire faire une petite randonnée sur des chemins des environs, tout en commentant abondamment les paysages. Sous le soleil, la campagne est riante avec l’ondulation des fleurs de lin, les champs et les vergers. Au fil de la promenade, nous avons découvert des cultures diverses, des sentes bordés de fleurs sauvages (stellaire, bugle, geranium à Robert, ...), des maisons dont quelques propriétaires cherchent à préserver les haies traditionnelles cauchoises, talus plantés qui délimitent une cour dans laquelle figurent habitation, bâtiments d’exploitation agricole, mare et verger que l’on appelle " clos- masure ".

De retour à notre point de départ, il était temps de reprendre nos véhicules tout en remerciant grandement nos accompagnateurs Monsieur et Madame Roussel ainsi que Monsieur Etancelin pour leur érudition, leur enthousiasme ainsi que leur gentillesse et leur patience. Pour résumer notre sortie, nous pouvons reprendre une citation parue dans Seine Maritime Magazine en novembre 2014 : « C’est un petit village qui mérite le détour. La commune de Gonzeville est devenue en quelques années, un village musée ». Ceci souligne bien le dynamisme de la municipalité et des habitants pour contribuer à préserver leur patrimoine.

Si vous cherchez d’autres renseignements vous pouvez aller sur deux sites internet :
• celui créé par l’association de Gonzeville : www.gonzeville-patrimoine-cauchois.fr
• celui de l’Office de Tourisme de la région : www.plateaudecauxmaritime.com

En prime, voici la traduction des termes cauchois :
• bezot = petit enfant
• couleux = passoire, toile pour passer le lait
• ichite = celui-ci
• radoubler = redoubler, revenir sur ses pas