La cité drapière d’Elbeuf _ 24 février 2019


Dimanche 24 février : Rendez vous à 14h30

Balade culturelle : « La cité drapière d’Elbeuf » - François Clergeat.

Le site d’Elbeuf, entre les plateaux de l’Eure et une boucle de la Seine, a favorisé la présence de l’homme depuis la Préhistoire. L’existence d’un petit cours d’eau, le Puchot a permis très tôt la sédentarisation des populations.
Le village qui s’est développé autour de la première église Saint-Étienne appartient alors au domaine particulier des ducs de Normandie, puis à partir de 1417 à la maison de Lorraine.

Au début du XVIe siècle, la vocation drapière de la ville d’Elbeuf se précise. En 1667, Colbert crée la manufacture royale, instituant une véritable charte de qualité du drap de laine d’Elbeuf. Deux siècles plus tard, le repli à Elbeuf des manufacturiers alsaciens en 1871 apportera un second souffle : ils vont intensifier le processus d’industrialisation en bâtissant de véritables « usines-villes » apportant une prospérité inédite à la ville avec le développement des « nouveautés ».

Cette prospérité se prolongera jusqu’à la seconde guerre mondiale avant le déclin inexorable du textile des années 70. Aujourd’hui la réhabilitation de ce patrimoine de l’histoire industrielle de notre pays a permis à Elbeuf d’intégrer le cercle des villes d’art et d’histoire.

Partant de l’hôtel de ville, nous rejoignons les bords de Seine aujourd’hui réaménagés en jardins, mais qui étaient au siècle dernier le port où l’on débarquait le charbon indispensable pour alimenter les « machines à feu » de la « ville aux 100 cheminées ». De l’ancien quartier du Puchot insalubre et totalement détruit par les bombardements, entre les églises Saint-Jean et Saint-Pierre,

il ne reste que quelques façades, comme la maison du drapier ou la manufacture DELARUE qui vit passer Napoléon en 1804 : « Elbeuf est une ruche : Tout le monde y travaille ! » avait alors déclaré l’empereur. Cette citation est devenue la devise de la cité.

Nous prenons un peu de hauteur au flan de la côte Saint-Auct pour découvrir le maillage de la cité originelle à nos pieds, depuis l’église Saint-Pierre aux tuiles vernissées

jusqu’aux « arches », viaduc de la voie ferrée qui reliait la gare d’Orléans de Rouen à la gare d’Elbeuf-ville. Nous parcourons ensuite la promenade aménagée le long du cours du Puchot qui a été dégagé et remis à l’air libre.

Les manufactures construites au XVIIIe siècle se succèdent : Charles HOUILLER, Pierre GRANDIN,

la filature PETOU et CLARENSON magnifiquement restaurée et reconvertie en logements qui a gardé sa cheminée d’origine.

Continuant notre déambulation vers le sud-est nous atteignions la zone des « usines-villes » construites par les Alsaciens à la fin du XIXe siècle : FRANCKEL-HERZOG (Emile Herzog n’est autre qu’André Maurois), GASSE et CANTELOU pour arriver au plus grand de ces complexes industriels, la manufacture BLIN et BLIN qui a constitué un véritable quartier dans la ville, employant jusqu’à 2500 ouvriers.

La rénovation exemplaire entamée il y a 20 ans (logements et équipements collectifs) a été complétée par la création mémorielle de la « Fabrique des Savoirs », remarquable ensemble muséographique et patrimonial.

Dans ces murs, les collections du musée municipal d’Elbeuf sont présentées de façon remarquable : diaporama animé, machines et matériel,

photos et peintures d’époque retracent la perspective de notre promenade historique. Au cinquième étage, nous accédons au belvédère panoramique qui permet de découvrir toute cette partie de la ville et de ses installations industrielles vues d’en haut. Nous terminerons notre visite par l’exposition temporaire : « Drap de laine : de l’utile au sublime ».

Quittant la Fabrique des savoirs, nous redescendons vers le fleuve. En bordure du vaste champ de foire qui accueille encore chaque année la fête de la Saint-Gilles, nous terminerons notre visite au cirque théâtre d’Elbeuf. Il s’agit d’un des derniers cirques français en dur encore existant (avec le cirque d’hiver à Paris ou le cirque d’Amiens). Il accueillait au siècle dernier les spectacles de passage et troupes ambulantes.

L’ouvrage (où Annie Duperrey a passé une partie de son enfance) est exceptionnel par la présence d’une scène à l’italienne en plus de la piste centrale. Ce lieu unique qui a failli disparaitre, a ré-ouvert ses portes en 2007 complètement restauré pour retrouver sa vocation première : Il abrite aujourd’hui le pôle national des arts du cirque.

Notre circuit, qui s’est effectué par un temps exceptionnel, nous a permis de découvrir cette histoire extrêmement riche, aujourd’hui bien loin de l’image péjorative d’une ville sinistrée par la fin de l’industrie textile d’il y a 40 ans.

La réhabilitation exemplaire de ces quartiers qui met en valeur la mémoire ouvrière et industrielle de la cité est trop souvent méconnue et étonne toujours le visiteur qui la découvre.