Les remparts de Rouen _ 16 janvier 2016


Cela peut paraître étonnant, mais notre belle ville possède encore quelques souvenirs de son enceinte médiévale, c’est à la recherche de ces vestiges que notre groupe de marcheurs s’est élancé cet après midi de janvier pour un parcours de 6 kilomètres.

Avant la fin du IIIe siècle, la « Rotomagus » gallo-romaine ne possédait pas de remparts, nous vivions dans « la paix romaine ».

Dans le courant du IIIe siècle les « barbares » ont facilement envahi et pillé la ville qui a du établir une première enceinte « le castrum », pour se protéger.
La muraille se limitait à l’ouest au niveau de notre rue Jeanne d’Arc actuelle, au nord la rue des fossés Louis VIII et à l’est la rue de la République. Les limites sud ne sont pas connues, la Seine à cet endroit était parsemée de petits îlots séparés par des bras de fleuves, les rives descendaient en pente douce, les quais n’existaient pas encore.

C’est cette enceinte qu’ont percée les Vikings au IXe siècle, lorsqu’ils ont envahi la ville, la pillant et la détruisant. Les Normands ont reconstruit ce qu’ils avaient détruit, en organisant, créant des rues et ajoutant le château de Rollon 1er Duc de Normandie situé approximativement près des ruines de saint Pierre du Châtel, et ensuite un deuxième château dont les places Haute et Basse Vieilles Tours, nous rappellent l’endroit.

Cette enceinte va perdurer pendant toute la période Ducale. En 1030, le comte de Rouen Gosselin d’Arques va fonder sur la colline l’abbaye de la Sainte Trinité qui sera bientôt fortifiée et sera jusqu’au XVIe siècle un élément de défense des remparts.

Au début du XIIIe siècle, la Normandie devient Française, Philippe Auguste va faire démolir les châteaux des Normands, pour construire le sien : le château du Bouvreuil au nord de la ville dont nous avons pu visiter le donjon et les ruines de la tour de la pucelle où fut emprisonnée Jeanne d’Arc.
Si vous souhaitez connaître ce que monsieur Ballin nous disait à propos de ce château en 1811, cliquez ici

C’est à cette époque que l’enceinte de la ville va s’agrandir à l’ouest protégeant ainsi les quartiers commerçants du vieux marché et à l’est à la hauteur du chevet de Saint Ouen. On peut encore apercevoir quelques pierres de la muraille de nos jours.

A la fin du XIIIe siècle les remparts sont repoussés à l’est jusqu’à nos boulevards actuels pour englober le quartier Martainville, celui des drapiers. Les anglais ont occupé la ville en 1419, non pas en forçant les remparts, mais en bloquant le ravitaillement de la ville et en créant ainsi la famine des habitants. Pendant l’occupation anglaise un nouveau château se construit au bord de la Seine à l’Ouest : le Vieux Palais.

C’est cette enceinte qui va protéger la ville jusqu’à la fin du XVIe siècle, puis à partir du XVIIe, les murailles seront peu à peu démantelées. Il en reste quelques vestiges aujourd’hui que nous avons découvert comme cette casemate au niveau du collège Barbey d’Aurévilly, bien dissimulée sous les remblais des boulevards, mais grâce à des vitres donnant accès au sous-sol du collège, on peut apercevoir un bon pan de murailles.
Pour lire ce que nous racontait monsieur Chabrerie en 1997, à propos de la casemate, sur son site cliquez ICI

On peut facilement contempler aux niveaux des rues Louis Ricard et des Capucins, des trouées de murs renforcés par des levées de terre sur lesquelles les riverains ont installé le plus souvent des jardins. Les boulevards de temps en temps nous laissent apercevoir un pan de mur.

Mais le meilleur est pour la fin, après avoir passé la place Saint Hilaire où se sont déroulés tant de combats au cours des sièges de la ville. En effet au niveau du CHU, malheureusement aujourd’hui presque caché et protégé par un mur de tôle, c’est la plus grande longueur de nos anciens remparts que l’on peut apercevoir.


Pour lire le compte rendu des fouilles effectuées en 2005 par madame Lequoy, cliquez ICI

Les douves de l’Hôtel de Région nous rappellent celles des remparts où coulaient à cet endroit les eaux de la petite rivière Clairette, un bras de l’Aubette.

Nous atteignons le terme de notre balade devant la Porte Guillaume Lion, dernière porte encore debout , refaite entre 1747 et 1749.
Elle fut le seule construction du quartier à échapper aux bombardement de 1944. Ce qui lui vaudra d’être classée monument historique. En 1950 il faudra la déplacer de 3 mètres du fait de l’exhaussement des quais.
Voici la représentation que nous en a fait Jules Adeline