Marais de Saint Martin de Boscherville _ 30 août 2018


Jeudi 30 août : Rendez vous à 10h (avec le pique-nique)

Randonnée Patrimoine : Les marais de Saint Martin de Boscherville.

Nous étions une dizaine de randonneurs au départ de cette randonnée de 11 km. Nous partons de la mairie de Saint Martin de Boscherville, puis nous empruntons la chaussée Saint Georges qui nous conduit jusqu’aux rives de la Seine.

Avant d’atteindre le fleuve, nous découvrons les deux bornes de pierre qui jalonnaient l’entrée de Port Saint Georges, une infrastructure aujourd’hui remblayée, qui permettait aux moines de communiquer avec la Seine.

Sur les rives du fleuve, aujourd’hui complètement endiguées mais qui au Moyen Âge avait une largeur de deux kilomètres, on remarque les vestiges du passé : les traces de l’ancien passage, l’île Saint Georges rattachée à la rive pour former aujourd’hui un quartier du village. Au XIe siècle, un nommé Rabel, capitaine de la flotte du Duc de Normandie Robert le Magnifique, avait installé ici un chantier naval. Lorsque nous longeons la Seine on ne peut s’empêcher de penser à Séquana, cette jolie nymphe : elle a parcouru, pour retrouver la fille d’Ares, un chemin sinueux de la Bourgogne à la Manche, chemin symbolisé aujourd’hui par le lit de la Seine.

Sur notre droite, le regard se porte sur le marais , un paysage particulier qui change selon les saisons :

en été c’est la verdure qui l’emporte, les prairies sont bordées de saules blancs enracinés sur des talus au pied desquels coule un ruisseau en hiver. Les arbres sont particuliers, ils sont taillés en « Têtards », environ tous les trois ans, on les étête en coupant leurs branches au ras de la partie supérieure du tronc, ce qui leur donne dans le temps une grosse tête. Le bois est utilisé pour le chauffage, mais les petites branches servent également pour confectionner des clôtures et des paniers. Ces arbres ont bien d’autres utilités : leurs racines maintiennent la terre des fossés, leur feuillage permet un micro climat et produit de l’ombre pour les animaux des pâtures et ils ont également l’avantage de consommer une grande quantité d’eau, ce qui permet d’assécher le marais et de le rendre cultivable.

Lorsqu’ils sont très vieux leurs troncs se creusent et se transforment en garde-manger pour une faune très variée : micro-organismes, insectes, mulots, musaraignes, chouettes etc... Ici tout le monde mange tout le monde.

Aujourd’hui la totalité du marais de Boscherville est asséchée. Les peupleraies trop nombreuses ont accéléré le travail des saules, les parcelles ne sont plus inondées l’hiver. Les scientifiques du Parc Naturel des Boucles de la Seine Normande ont bien essayé de reconstituer une parcelle de ce marais où nous pouvions observer la flore et en particulier les iris d’eau, un piège à déchet et des panneaux pédagogiques avaient été installés. Tout cela, par manque d’entretien, est aujourd’hui vandalisé et détruit et la parcelle de marais est envahie par le liseron et la renouée du Japon.

Nous quittons le marais pour prendre de la hauteur et pénétrer dans la forêt de Roumare

en empruntant le GR 2 qui offre, de temps en temps, des vues spectaculaires sur le marais.

Nous regagnons Saint Martin de Boscherville par le chemin de la diligence et la route du Mesnil,

ce qui permet d’approcher les habitations aux architectures très diverses

dont la plupart ont été construites avec les matériaux locaux : bois, argile, pierre, silex.

Nous regagnons ensuite notre point de départ pour nous restaurer de notre pique nique, face à l’église abbatiale.

L’après midi est consacré à la visite de l’abbatiale, unique église romane normande encore intacte dans son intégralité.

Un édifice remarquable par la variété et la quantité de ses chapiteaux

la mule de Saint Evroult

qui, si on est croyant, peuvent nous envoyer par leurs symboles des messages religieux :

le sacrifice d’Isaac

l’interprétation est difficile car les hommes qui les ont sculptés, ne savaient généralement ni lire, ni écrire, donc n’ont pas laissé de traces.

Après cette visite de l’église, notre amie Annette nous invite à la terrasse de son auberge « La belle de mai » pour nous offrir un petit café. Annette est native de Saint Martin de Boscherville, passionnée par l’histoire de son village : autour de notre café nous avons pu feuilleter des albums photos richement documentés en particulier d’images des jardins et de l’abbaye au temps où l’enceinte monastique était une ferme.

Nous avons été bien surpris de voir vaches et cochons déambuler dans ce qui étaient des champs en lieux et places des magnifiques jardins monastiques du XVIIe siècle aujourd’hui reconstitués. Nous avons découvert également le cloître transformé en verger, cette galerie symbolisée aujourd’hui par des arcades de charmilles. Quand à la salle capitulaire, un des rares vestiges des bâtiments monastiques du moyen âge, c’était tout simplement une grange. Lorsqu’on dit aujourd’hui que le patrimoine est oublié, on s’aperçoit en regardant ces images que cela est récurrent hélas !

C’est ici que nous mettons un terme à cette belle journée.