Quartier de la Croix de pierre _ 14 avril 2019


Nous partons à la découverte d’un quartier pas très fréquenté par les hordes de touristes : ici, c’est un véritable village dans la ville. Un quartier populaire au passé riche en histoire et qui possède des beautés architecturales qu’il faut chercher pour en apprécier la valeur.

caserne Philippon

C’est seulement au XIIIème siècle que cette partie nord-est du fief de Martainville est englobée à l’intérieur des nouveaux remparts. Les lieux sont traversés par une grande route (aujourd’hui rue Saint Hilaire) et par une rivière, le Robec (dévié a partir de 1936 au niveau de la place Saint Hilaire).

Au fil des siècles sont venus s’installer ici, tous les artisans dont le métier dépendait de l’utilisation de l’eau. Ce sont d’abord les meuniers qui ont édifié de nombreux moulins à céréales afin d’assurer à la ville l’alimentation en farine. Puis s’est développée l’industrie textile qui a contribué au développement de la ville avec d’abord le travail de la laine avec les foulons, les teinturiers, drapiers, fileurs, tisserands, blanchisseurs etc... qui sont venus grossir la population du quartier : des moulins ont été transformés, d’autres se sont construits. Les chemins de terre sont devenus des rues dont les deux côtés ont été construits, souvent avec des maisons à pans de bois (dont il reste encore par ci par là quelques témoignages).

Avec l’industrie textile s’est également développée l’activité du port de Rouen qui, du Moyen Âge au XIXème siècle, était situé au cœur de la ville. L’énorme population des ouvriers du port, en constante évolution, a également contribué à l’augmentation de la population du quartier, quartier qui est devenu le plus peuplé de Rouen.

Au XVIIe siècle, période de la Contre Réforme, restaient sur les coteaux de Martainville des terrains inhabités dont certains étaient encore recouverts de vignes appartenant à l’abbaye de Saint Ouen. Les moines firent alors une opération immobilière très juteuse en vendant ces terrains afin de permettre à de nombreuses congrégations religieuses de venir s’installer à Rouen, la deuxième ville du royaume : une ville bourgeoise avec un port important, des commerçants, des industries, un Parlement… une ville où il fallait être présent. C’est ainsi que de nombreux couvents se sont bâtis dans le secteur où toute une population religieuse est venue croître le nombre d’habitants.

chapelle des ursulines

couvent Sainte Claire

Mais revenons à La Croix de Pierre : pourquoi attribuer ce nom à un quartier aussi populaire ? Il faut remonter à la fin du XIIe siècle : Richard Cœur de Lion vient de terminer, près des Andelys, le Château Gaillard pour protéger la Normandie d’un envahissement du Roi de France (qui souhaitait conquérir cette province). Pas de chance pour le Duc de Normandie, la forteresse est bâtie sur les terres de l’Archevêque de Rouen Gauthier Le Magnifique qui compte bien mettre à profit cette situation. Après bien des palabres, des discutions, des dons en terres et de sommes colossales distribuées à l’église, l’Archevêque exige que l’on installe une Croix de Pierre à tous les carrefours qui marquent l’entrée de la ville de Rouen. C’est ainsi qu’en 1195 une Croix de Pierre a été édifiée à cet endroit qui n’était, à l’époque, qu’un modeste carrefour de campagne.

Mais cette Croix de Pierre cache toute une histoire : en 1515, l’Archevêque de Rouen Georges d’Amboise qui souhaite alimenter certain des quartiers de la ville en eau potable, fait édifier une fontaine près de la Croix de Pierre. En 1562, la Croix est détruite par les Calvinistes et elle sera reconstruite en 1628 avec des matériaux de mauvaise qualité.

En 1774, Croix et fontaine menacées de ruines, on construit un nouveau monument : la Croix est installée au sommet de la fontaine. Pendant la période Révolutionnaire, en 1792, la Croix sera démolie, jetée à la Seine et remplacée par un buste de Marat qui sera lui même remplacé quelques années plus tard, en 1816, par une nouvelle Croix. Lors des manifestations de républicains en 1830, le monument fut tellement ébranlé qu’il tomba en ruine et dut être refait par le sculpteur Foucher.

Un autre grand moment de l’histoire de la fontaine se situe en 1870 lorsque le conseil municipal prit la décision de transférer ce qui en restait dans le jardin Sainte Marie et de confier à l’architecte Barthélémy la construction d’une fontaine neuve. Barthélémy travailla bénévolement à la reconstitution de la fontaine d’origine et offrit personnellement la croix dont il la surmonta.

Le monument autour duquel nous pouvons tourner aujourd’hui est celui de Barthélémy, à l’exception de la croix qui a dû être changée en 1980. L’édifice est haut de plus de onze mètres et possède dans ses six niches de l’étage inférieur les statues de Notre Dame, de Sainte Anne,

de Saint Jean l’évangéliste, ainsi que les patrons des paroisses voisines : Saint Nicaise,

Saint Ouen et Saint Vivien.

Dans les six niches de l’étage intermédiaire ce sont les statuettes de Saint Louis, Saint Georges (en mémoire du Cardinal Georges d’Amboise) et de Saint Michel.

Tellement ce quartier de Rouen est riche en patrimoines qu’un résumé de la sortie est impossible à rédiger : c’est donc un dossier dans la rubrique des curieux qu’il faudra consulter dans les prochaines semaines afin d’avoir une vision complète des anciens, couvents, hôpitaux, casernes et vieilles maisons de tous styles qui habitent encore aujourd’hui ce village de la Croix de Pierre.